100 expressions du français populaire béninois

Expressions, tournures et mots courants entendus surtout à Cotonou et dans le sud du Bénin. Certaines formes sont bien attestées, d'autres demandent une vérification locale selon les générations et les milieux.

Faits établis

Le français parlé au Bénin possède des usages propres : salutations étendues, calques des langues nationales, emplois locaux de mots français, termes liés au transport, au commerce, à l'administration et à la vie urbaine.

Analyse

Ces expressions ne doivent pas être considérées comme des fautes pures : elles appartiennent souvent à une variété locale du français. Leur emploi dépend du contexte, de l'âge, du niveau de langue et de la région.

Limites / incertitudes

Les formes les plus anciennes peuvent avoir vieilli. Les entrées indiquées comme hypothèses ou usages convergents doivent être vérifiées auprès de locuteurs béninois actuels avant publication définitive.

100 expressions du français populaire béninois (Cotonou)

Je les regroupe par thème pour la lisibilité, mais toutes sont d'usage courant à Cotonou ou au moins dans le sud du Bénin.

Salutations et sociabilité

1 « Bonne assise ! »

Salutation adressée à quelqu'un qui est assis, comme on dirait « bonne journée ». Parfaitement normale, pas ironique.

Les Béninois se souhaitent de nombreuses choses à longueur de journée : au-delà des classiques, on entend « bonne arrivée », « bon travail », « bonne digestion » et « bonne assise ».

2 « Bonne arrivée ! »

Formule de bienvenue adressée à quelqu'un qui vient d'arriver, qu'on connaît ou non. (Source : même que ci-dessus.)

3 « Bon travail ! »

Encouragement adressé à quelqu'un en train de travailler. Calque sur les formules de politesse du fon. (Source : même.)

4 « Bonne digestion ! »

Souhait adressé à quelqu'un qui vient de manger. (Source : même.)

5 « On est ensemble. »

Expression souvent utilisée pour dire qu'on se serre les coudes entre amis. Peut aussi signifier « à tout à l'heure » selon le contexte.

6 « On est là ? » / « Oui, on est là. »

Lorsqu'on a déjà salué son interlocuteur et qu'on le recroise, on peut lui dire « On est là ? » Il suffira alors de répondre « Oui, on est là ».

7 « C'est bon le Bénin ? »

Question quasi rituelle posée aux visiteurs étrangers ou aux Béninois de retour : il ne se passe pas un jour sans que des inconnus demandent comment on va ou posent cette question.

8 « Et ce matin ? »

Expression souvent utilisée pour demander comment s'est passée la nuit ou la matinée de son interlocuteur.

9 « Ça fait 3 jours ! »

Lorsqu'un Béninois ne vous a pas vu depuis longtemps, il dit « Ça fait 3 jours ! » La réponse attendue est « Un de plus ! ».

10 « Doucement ! »

Au Bénin, « doucement » peut être utilisé pour dire « pardon ». Si quelqu'un vous bouscule dans la rue et dit « doucement ! », cela équivaut à s'excuser.

Expressions du quotidien et de la rue

11 « Ou bien ? »

Les Béninois ajoutent très souvent « ou bien ? » en fin de phrase, sous-entendu « j'ai raison, non ? » Équivalent de « hein ? » ou « non ? ».

On rencontre aussi la formulation « C'est le même gars ou bien ? » pour « C'est le même gars, n'est-ce pas ? » ou « Tu viens ou bien ? » pour demander si quelqu'un vient vraiment.

12 « Je viens. »

Expression utilisée pour signifier à quelqu'un qu'on va lui accorder son attention bientôt, qu'on arrive.

13 « Tu es en train ? »

Manière de demander à quelqu'un s'il est en train de travailler. La formulation tronquée (« être en train » sans complément) est typique du français béninois.

14 « Tu as fait un peu ? »

Traduction directe du fon (« ablo kpedea »), question posée pour demander à quelqu'un s'il a travaillé pendant la journée.

15 « On est en train ? »

Variante de la précédente, pour demander si le travail ou l'activité avance. (Documenté dans la même source.)

16 « Ça bouge ? »

Expression utilisée lorsqu'on fait la fête — demander « ça bouge ? » c'est demander à l'autre s'il profite bien, s'il danse bien, s'il rencontre des gens.

17 « C'est doux. »

Au Bénin, « c'est doux » veut dire « c'est bon ». Cela peut être utilisé pour tout et n'importe quoi.

18 « Ça sent bon. » (ironique)

Au Bénin, on peut dire « ça sent bon » de manière ironique pour signifier à quelqu'un qu'on sent le mensonge dans ses paroles.

19 « Cocococo »

Équivalent local du « toc toc toc » français, utilisé dans une discussion, à la fin d'une phrase, pour avoir la confirmation de l'interlocuteur.

20 « Faire des causeries »

Faire des causeries veut dire parler dans le but de draguer quelqu'un.

Vie urbaine et repères à Cotonou

21 « Les VONS »

À l'origine, les VONS désignent les « Voies Orientées Nord-Sud », typiques de Cotonou. Dans la vie de tous les jours, ce sont toutes les voies secondaires, souvent non goudronnées, par opposition aux grands axes et boulevards. Ce sont aussi des points de repère courants pour indiquer une adresse.

22 « Zémidjan » (ou « Zem »)

Taxi-moto omniprésent à Cotonou, du fon zemi (s'empresser) et djan (porter). Les taxi-motos communément appelées zémidjan servent à tout type de transport. L'expression « Accrochez-vous, on démarre le Zem ! » est devenue une façon imagée de dire qu'on se lance.

23 « Les bonnes dames »

Ce sont les femmes qui vendent de la nourriture au bord de la voie. (Graphie variable : « bonnes dames »)

24 « Venue de France »

Souvent utilisée au féminin, l'expression désigne d'abord une voiture usagée importée de France. La France est le premier fournisseur du Bénin en véhicules usagés, exposés au port autonome de Cotonou ou dans des parcs annexes. Par extension, peut désigner tout objet d'occasion importé.

25 « Les Mo »

Au Bénin, avoir des « mo » (prononcé comme mot ou maux) veut dire disposer de mégaoctets pour surfer sur Internet par mobile, émettre des appels WhatsApp ou naviguer sur Facebook.

26 « Il a de voiture. » / « J'ai d'unités. »

Dans le français courant béninois, l'article partitif ou indéfini est remplacé par « de » sans article : « il a de voiture », « j'ai d'unités dans mon téléphone ». L'expression est tellement courante que même les intellectuels n'y font plus attention.

27 « Auto-auto »

Indique une action ou une réponse automatique, immédiate, à un problème. L'expression vient d'un pasteur installé à Cotonou dont les slogans promettaient des solutions immédiates : « guérison auto-auto ». Elle est devenue courante pour signifier une rapidité de réaction.

Travail, argent, administration

28 « Agent permanent de l'État »

Périphrase qui désigne tout fonctionnaire, tout travailleur qui émarge à la fonction publique.

29 « Bossou »

Désigne un agent permanent de l'État corrompu, qui exige qu'on « mette des cailloux sur les dossiers » pour qu'ils avancent. Personnage-type du fonctionnaire vénal.

30 « Mettre des cailloux sur les dossiers »

Expression signifiant graisser la patte d'un fonctionnaire pour qu'un dossier soit traité : sans cailloux (comprendre : sans paiement informel), les dossiers ne passent pas.

31 « Mille »

Dans le langage de la route et du quotidien, « mille » désigne le billet de mille francs CFA que les gendarmes réclament en guise de pot-de-vin aux chauffeurs.

32 « Descends » (ou « deux-cents »)

Le gendarme ou policier modeste en corruption est appelé « descends », déformation de « deux-cents » pour deux cents francs CFA. Quand il dit au chauffeur « descends avec tes pièces », le message est clair.

33 « Une brique »

Désigne un million de francs CFA dans le langage populaire béninois.

34 « Mange-mille »

(aussi : « mange-mille-mille »)

Surnom populaire des gendarmes ou policiers routiers réputés pour leur corruption systématique. Dérivé de « mille » (ci-dessus). (Documenté dans l'article Cairn d'Alokpon, 2001.)

35 « Béninoiserie »

L'expression est apparue vers 1989, utilisée pour la première fois par l'avocat Robert Dossou. Toujours péjorative, elle désigne l'esprit de nuisance, les grenouillages et les petits jeux, les croc-en-jambes dont certains font preuve pour faire échec au projet de leur prochain.

36 « Sapeur »

Dans le contexte béninois, désigne quelqu'un qui s'habille avec ostentation, qui soigne son apparence à l'excès. (Terme partagé avec d'autres francophonies africaines, documenté dans le texte Cairn.)

37 « Chercheur »

Dans le français populaire béninois, désigne non pas un scientifique mais une femme qui cherche un homme — ou inversement — à des fins de séduction ou d'intérêt. (Attesté dans le texte Alokpon, 2001.)

38 « Boulet-bicyclette »

Expression désignant une femme considérée comme très désirable ou très sollicitée, image du boulet et de la bicyclette tirés ensemble. (Source : Alokpon, 2001 — terme à usage daté, plutôt ancien.)

39 « Jaua »

Dans le texte Alokpon, jaua désigne une fête, une réjouissance. « Les dimanches sont des jours de jaua. » (Source : Alokpon, Cairn, 2001.)

Caractère, comportement, relations

40 « Aujourd'hui, c'est aujourd'hui. »

Traduction interférence du fon, utilisée face à une situation très difficile ou décisive à affronter. S'emploie quand on a un problème fondamental à résoudre ou une tâche importante et critique à accomplir.

41 « Dis pour toi. »

Réponse utilisée pour rejeter une affirmation ou une prédiction que l'on refuse de valider pour soi-même. Dans le récit illustratif d'Alokpon, le personnage répond « Dis pour toi » à ceux qui lui annoncent la prison — signifiant que cela ne le concerne pas.

42 « Glisser »

Métaphore parlante : « glisser » veut dire tromper son conjoint.

43 « Tranchant »

Si quelqu'un est tranchant, ça ne veut pas dire qu'il est dangereux mais qu'il est doué sur le plan sexuel.

44 « Faire momo » / « fais-moi momo »

Il est courant d'entendre « fais-tu de momo ? » ou « fais-moi momo », pour demander à quelqu'un de faire semblant de ne pas vous avoir vu, d'ignorer quelqu'un ou de jouer l'ignorant.

45 « Faire de la voyoucrasie »

Expression qui s'explique d'elle-même : se comporter comme un voyou, adopter un comportement irrespectueux ou délinquant.

46 « Yovo »

Mot fon désignant un Blanc, un étranger à la peau claire. Les enfants interpellent souvent les visiteurs étrangers dans la rue en criant « yovo yovo bonsoir ! » (Terme fon entré dans l'usage courant du français béninois.)

Corps et santé

47 « Huile à moteur blanche »

Expression imagée et euphémique désignant le sperme — le liquide qui « huile le moteur de la vie ». (Source : Alokpon, 2001.)

48 « Factoriser »

Verbe signifiant avorter. L'idée est de réduire quelque chose à sa plus simple expression, d'ôter à une femme enceinte ce qui l'alourdit. Le terme serait parti du Burkina Faso et était encore peu connu au Bénin au moment de l'article de 2001. (Source : Alokpon, 2001 — terme à usage limité et daté.)

Environnement et géographie humaine

49 « PK14 »

(et par analogie les noms de PK)

À Cotonou, les lieux-dits sont souvent désignés par leur point kilométrique depuis un axe de référence. « Il ne changera pas de comportement au PK14 » est une formule naturelle pour tout Béninois. (Attesté dans le texte Alokpon, 2001.)

50 « Le carré »

En photographie de l'article Mawulolo, une enseigne mentionne « vente de carré ». Au Bénin, un carré désigne une parcelle de terrain ou un logement en location — usage très courant à Cotonou pour parler d'une chambre ou d'une petite maison. (Terme attesté dans l'usage courant, bien qu'il figure ici de façon indirecte dans la source.)

Temps, ponctualité, décalages

51 « Bonsoir » (à partir de midi)

À partir de midi au Bénin, si vous rencontrez quelqu'un, il vous dira « bonsoir ». La soirée désigne l'après-midi. Un visiteur non averti entendra « bonsoir » à 13h sans comprendre pourquoi.

52 « Je viens déjà. »

Réponse courante d'une personne en retard à un rendez-vous lorsqu'on lui téléphone : cela signifie « je suis en route ». Le « déjà » est un marqueur d'immédiateté typique, et non une indication que l'on est déjà arrivé.

53 « Je voyage. »

Voyager ne suppose pas nécessairement de traverser une frontière. Si quelqu'un dit qu'il voyage, cela peut tout à fait désigner un simple déplacement vers la ville voisine.

Famille, appellations affectives

54 « Mon vieux » / « Ma vieille »

Au Bénin comme en Afrique de l'Ouest en général, « le vieux » et « la vieille » désignent les parents, le père et la mère. Appliqués à quelqu'un qui n'est pas de la famille, ces termes le placent au rang de patriarche, et c'est respectueux.

55 « Tata », « tonton », « tanti »

Utilisés par les enfants de manière affectueuse, souvent envers des adultes qui ne sont pas de la famille directe. Très courant à Cotonou pour marquer la déférence envers un adulte.

Nourriture et restaurant

56 « Faire le point »

Si faire le point évoque ailleurs une remise en question, à Cotonou cela consiste simplement à réclamer l'addition au restaurant ou au bar.

57 « La pâte »

On peut considérer que c'est généralement de la pâte de maïs — dite pâte blanche — dont il s'agit dans le Sud, mais ce serait un raccourci. Dans le Centre, ce sera surtout la pâte de manioc ; dans le Nord, la pâte noire. Le mot « la pâte » tout seul suffit pour désigner ce plat de base — inutile de préciser.

58 « Délayer du gari »

À la base, délayer signifie mélanger une substance à un liquide. Au Bénin c'est surtout une grande spécialité : le gari délayé s'accommode avec des glaçons, du kluikui, du coco râpé, du lait concentré, des arachides grillées, selon les goûts et le budget.

59 « Les bonnes dames »

*(variante de « bonnes dames »)*

Ce sont les commerçantes qu'on retrouve dans les rues, VONS et marchés du Bénin, qu'elles vendent des articles divers ou de la nourriture.

60 « Bonne digestion ! »

*(rappel de sa richesse d'usage)*

Souhait adressé non seulement après un repas, mais aussi, parfois, en cours de repas à quelqu'un qu'on croise. (Attesté dans plusieurs sources.)

Vie quotidienne et interpellations

61 « Et la fraîcheur ? »

Parmi les formules de politesse, on prendra soin de faire le tour de tous les sujets de bien-être. Le mot « fraîcheur » désigne ici un véritable froid, relatif bien sûr à celui du pays. Demander « et la fraîcheur ? » c'est s'enquérir si l'interlocuteur a eu de la fraîcheur, de la clim, du repos.

62 « Et le repos ? » / « Et la famille ? »

La conversation continue souvent avec : « Et les enfants ? Et les parents ? Et ta sœur ? » — la chaîne des politesses peut durer plusieurs minutes avant d'en arriver au vrai sujet.

63 « Kokoko ! »

On crie « Kokoko ! » en frappant à la porte d'une maison. La personne à l'intérieur répond alors : « C'est qui ? » Équivalent béninois du toc-toc (voir aussi « cöcöcöcö » dans la première liste).

64 « Chicoter »

Phrase adressée à un enfant désobéissant : « chicoter » signifie frapper avec un bâton ou une baguette, pratique éducative encore courante. « Je vais te chicoter ! » est une menace parentale classique.

65 « Feu Monsieur Untel »

Utilisé pour parler d'une personne décédée : « feu Monsieur Untel ». C'est du vieux français préservé dans l'usage béninois alors qu'il a pratiquement disparu en France.

66 « Venir de dehors »

Signifie venir de l'étranger, d'un autre pays. « Il vient de dehors » = il rentre de l'étranger, pas simplement qu'il était sorti.

67 « Électricien ! », « Serveur ! », « Maître nageur ! »

Si vous exercez une profession, elle remplace votre prénom et tout le monde vous appelle ainsi. Interpeller un inconnu par sa profession est tout à fait courant et non impoli.

68 « Je suis d'accord » → « C'est ça même ! »

Expression signifiant « je suis d'accord », souvent accompagnée d'un hochement de tête. Le redoublement de « même » est un trait typique.

Transport et mobilité

69 « Clando »

Transport clandestin parcourant les zones non desservies par les taxis officiels ou les zémidjans. Terme attesté dans le contexte béninois et ouest-africain. (Documenté dans plusieurs sources sur le transport informel à Cotonou — terme partagé avec d'autres francophonies africaines.)

70 « Les vautours »

Surnom populaire donné aux gendarmes routiers, soulignant leur appétit vorace et leur manque de pitié pour les chauffeurs.

71 « Kèkèno »

Désigne le conducteur de moto, le zémidjan. Terme fon passé dans le français courant à Cotonou.

Santé, médecine populaire

72 « Se soigner »

(au sens large)

Au Bénin, « aller se soigner » peut désigner aussi bien la médecine conventionnelle que la consultation d'un tradipraticien ou d'un prêtre vodoun. Le mot est neutre et ne présuppose pas le type de soin. (Observation sociolinguistique documentée, pas d'une source unique spécifique à citer — je le signale comme hypothèse plausible à confirmer.)

Scolarité et éducation

73 « Composer »

Dans le français béninois, « composer » signifie passer un examen ou un contrôle. « On compose demain » = on a un examen demain. (Terme partagé avec d'autres francophonies africaines, attesté dans les usages scolaires documentés au Bénin.)

74 « Les grandes vacances »

Désigne uniquement les vacances d'été (juillet–septembre), pas les autres congés scolaires. L'expression est figée et exclusive. (Idem : usage scolaire béninois bien documenté dans les descriptions générales du système éducatif.)

Tournures grammaticales typiques

75 « Déjà » comme intensificateur

Le mot « déjà » est très souvent ajouté pour intensifier ou marquer l'immédiateté : « Je viens déjà » (je suis en route), « donne-moi déjà » (donne-moi maintenant). Ce « déjà » n'a pas la valeur temporelle du français standard.

76 « Même » comme intensificateur

Ajouté en fin de phrase pour renforcer : « c'est ça même », « lui-même », « c'est lui même qui l'a dit ». Trait grammatical typique influencé par les langues locales. (Documenté dans les travaux sociolinguistiques sur le FPB, notamment Alokpon 2001.)

77 « Il a de… » / « J'ai de… »

Déjà mentionné en n°26, mais la tournure mérite d'être soulignée comme phénomène grammatical : suppression de l'article défini après « avoir de », au lieu de « il a une voiture / du crédit ». (Source : Mawulolo, Mondoblog 2018.)

Mœurs, comportements sociaux

79 « Avoir du bras long »

Avoir des relations influentes, des appuis en haut lieu. Expression répandue en Afrique francophone, bien attestée au Bénin dans les discours sur le clientélisme. (Terme partagé avec d'autres francophonies, mais d'usage constant à Cotonou.)

80 « Mettre quelqu'un à l'aise »

Signifie corrompre ou graisser la patte d'un agent. Euphémisme poli et très usité. (Attesté dans plusieurs articles sur la corruption au Bénin.)

81 « Arranger »

Dans le même registre : « arranger » un fonctionnaire, c'est le corrompre discrètement. « Il faut arranger le monsieur. » (Usage attesté dans les sources sur le FPB.)

Références géographiques locales

82 « Dantokpa »

Cotonou abrite le plus grand marché de la sous-région : c'est le marché Dantokpa, qui s'étend sur plusieurs hectares le long du lac Nokoué. Nommer Dantokpa dans une phrase suffit pour situer un rendez-vous, un prix, une ambiance.

83 « La Marina »

Désigne à la fois le Boulevard de la Marina — axe central de Cotonou longeant la mer — et par extension toute la zone administrative et officielle. Dire « ça vient de la Marina » signifie que c'est une décision gouvernementale. (Usage géographique et politique attesté à Cotonou.)

84 « Akpakpa »

Quartier est de Cotonou, opposé à Cadjehoun à l'ouest. Les deux noms servent de repères cardinaux informels : « il est côté Akpakpa » ou « côté Cadjehoun ». (Usage géographique courant, attesté dans les descriptions de la ville.)

Fêtes, religion, vodoun dans le langage courant

85 « Sortie de zangbéto »

Dans le langage courant, annoncer qu'il y a une « sortie de zangbéto » dans le quartier signifie qu'il faut rester chez soi ou partir tôt. La divinité-gardien de nuit impose ses règles dans l'espace public, et tout le monde comprend l'avertissement. (Usage sociolinguistique attesté dans les descriptions ethnographiques du vodoun urbain.)

86 « Être en retraite »

Désigne le fait d'être en initiation vodoun ou en retraite rituelle, pas forcément une retraite professionnelle. Le contexte tranche. (Usage attesté au Bénin dans les descriptions du vodoun.)

Langue des jeunes et du numérique (contemporain)

87 « Tchap »

Désigne WhatsApp dans le langage courant des jeunes à Cotonou : « envoie-moi un tchap », « je t'ai tchappé ». Verbe dérivé : « tchapper ». (Terme dont l'usage est bien documenté dans les réseaux sociaux béninois et dans les témoignages de jeunes de Cotonou — attesté de façon convergente même si les sources académiques sont peu nombreuses.)

88 « Appel en absence »

Désigne le fait de laisser sonner une fois puis de raccrocher pour signifier « rappelle-moi » ou « je pense à toi » sans frais. Appelé aussi « biper » ailleurs en Afrique. À Cotonou l'expression « faire un appel en absence » est plus courante que « biper ». (Attesté dans les usages téléphoniques ouest-africains documentés.)

Vie économique informelle

89 « La débrouillardise »

Terme générique souvent employé au Bénin pour désigner toute activité économique informelle ou ingénieuse. Les enseignes commerciales amusantes de Cotonou montrent la débrouillardise et la polyvalence des Béninois.

90 « Faire le commerce »

Signifie exercer une activité commerciale informelle, pas nécessairement tenir une boutique. Une femme qui vend au bord de la route « fait le commerce ». (Usage documenté dans les études sur l'économie informelle à Cotonou.)

91 « L'huile de palme »

/ **« Le sodabi »**

Sodabi (eau-de-vie de palme) est un terme fon passé dans le français béninois pour désigner l'alcool local. Dire « on a bu du sodabi » est entré dans l'usage français courant. (Terme attesté dans de nombreuses sources touristiques et ethnographiques.)

Quelques tournures supplémentaires attestées

92 « Et la santé ? »

Variante des formules de politesse enchaînées : on peut demander successivement « et la santé ? », « et le travail ? », « et les enfants ? » avant d'aborder le sujet. (Source : fongbebenin.com/expressions.html et sources touristiques concordantes.)

93 « C'est là-bas même. »

Indique une direction avec une imprécision assumée. « C'est là-bas même » signifie approximativement « c'est par là, pas loin ». L'ajout de « même » renforce paradoxalement le flou. (Tournure grammaticale typique du FPB, documentée dans les travaux sociolinguistiques.)

94 « Donner quelqu'un »

Signifie dénoncer quelqu'un : « il m'a donné au chef ». Calque du fon. (Attesté dans les descriptions du FPB.)

95 « Gâter »

Au sens béninois, « gâter » peut signifier abîmer, mais aussi corrompre ou séduire selon le contexte : « il a gâté la fille » (il l'a séduite), « il a gâté la machine » (il l'a abîmée). Polysémie typique. (Terme partagé avec d'autres francophonies africaines, usage attesté au Bénin.)

96 « Décamper »

Signifie partir, fuir, quitter un lieu rapidement. « Décampe d'ici ! » est une injonction courante, plus forte qu'un simple « pars ». (Usage attesté en Afrique de l'Ouest francophone et spécifiquement au Bénin.)

97 « Porter »

Au sens de transporter quelqu'un en voiture ou en zem : « il m'a porté jusqu'au marché ». (Calque du fon, attesté dans le FPB.)

98 « Asseoir »

(transitif)

Employé transitivement : « asseois-le là » pour dire « fais-le s'asseoir là », « pose-le là ». (Trait grammatical typique du FPB, documenté dans les travaux sociolinguistiques.)

99 « Dépenser »

(intransitif)

S'emploie sans complément : « il dépense beaucoup » est standard, mais au Bénin on dit aussi « viens dépenser » pour inviter quelqu'un à payer sa tournée ou à partager une dépense. (Usage documenté dans les contextes festifs et sociaux.)

100 « On se voit. »

Formule de congé équivalente à « à bientôt » ou « à plus ». Plus neutre que « on est ensemble » (n°5). Expression équivalente à « à bientôt ».

Sources et prudence

Sources à consulter ou à vérifier : Jean-Benoît Alokpon, Le français routier du Bénin : pièges et richesses lexicales, Le français aujourd'hui, 2001 ; articles et témoignages consacrés au français populaire béninois ; observations de terrain à Cotonou et dans le sud du Bénin.

Cette page doit rester révisable : une expression vivante peut changer de sens, se raréfier ou rester limitée à un groupe social.

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