Fongbe

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Quelques contes du Bénin

Le prix d’un entêtement

Mon conte se déroule dans un village où vivaient, côte à côte, un homme riche et un homme pauvre.

Un jour, le pauvre se maria selon les rites du village et selon ses modestes moyens. Peu de temps après, le riche célébra à son tour son mariage, avec tout le faste que permettait sa fortune.

Les années passaient, mais aucune des deux femmes ne parvenait à concevoir un enfant, ce qui, dans cette contrée, était une grande source de tristesse.

Un ami du pauvre, touché par sa situation, lui révéla l’existence d’une infusion capable de favoriser la conception. Le remède fut préparé avec soin, et la femme du pauvre suivit le traitement. Peu de temps après, elle tomba enceinte et donna naissance à un fils, qui devint la joie du foyer.

De son côté, le riche avait conduit son épouse chez de nombreux médecins, jusque dans des pays lointains, sans succès. Finalement, ses proches lui conseillèrent de consulter le pauvre.

Il en fut d’abord profondément humilié. Comment un homme riche pourrait-il imiter un pauvre ? Mais son désir d’enfant fut plus fort que son orgueil, et il finit par se rendre chez lui.

Il lui demanda son secret et lui promit la moitié de sa fortune si sa femme parvenait à enfanter.

Le pauvre refusa cette promesse. Il accepta simplement de préparer l’infusion. La femme du riche la but, et bientôt, elle tomba enceinte. Elle donna naissance à un fils.

Les années passèrent. Les deux enfants grandirent ensemble et devinrent inséparables.

Le fils du riche possédait tout : vêtements, richesses, et même un cheval pour ses déplacements. Voyant que son ami pauvre marchait toujours à pied, il demanda à son père de lui offrir un cheval.

Mais le riche refusa obstinément.

Un jour, le fils déclara :

« Puisque tu refuses d’aider mon ami, j’ai honte de rester sous ton toit. Je pars. »

Malgré son amour pour son fils, le père ne céda pas.

Alors le jeune homme, nommé Akouegnon, prit son cheval et quitta la maison, sans destination précise.

Après de longs jours d’errance, épuisé par la faim, il arriva dans un marché. N’ayant pas d’argent, il tenta de vendre son cheval.

Un marchand lui en proposa dix sous.

Akouegnon accepta. Mais au moment de conclure, le marchand déclara :

« Lorsque nous avons fixé le prix, tu étais sur le cheval. C’est donc l’ensemble — cheval et cavalier — que j’achète. »

Le différend fut porté devant l’autorité locale, qui donna raison au marchand.

Ainsi, Akouegnon devint prisonnier du marchand, contraint de travailler durement, avec son cheval.

Le temps passa.

Son père, apprenant où il se trouvait, tenta de le racheter, allant jusqu’à proposer la moitié de sa fortune. Mais le marchand refusa.

C’est alors que l’ami d’Akouegnon, Gbetognon, intervint.

Il se rendit chez le marchand et déclara simplement :

« Je veux acheter une tête. »

Le prix fut fixé à dix sous. Gbetognon paya, puis réclama… la tête du marchand.

Pris à son propre piège, le marchand fut conduit devant l’autorité, qui donna raison à l’acheteur.

Terrifié, le marchand supplia qu’on lui laisse la vie sauve. Gbetognon exigea alors toute sa fortune en échange.

Le marché fut conclu.

Gbetognon repartit avec les richesses, le cheval, et surtout son ami libéré.

Sur le chemin du retour, il chantait :

« Akouegnon arrive ! Gbetognon arrive ! »

La population accourut. La joie fut immense.

Alors le riche comprit enfin une chose essentielle : l’homme vaut plus que l’argent.


Akouegnon : « l’argent est une bonne chose »

Gbetognon : « l’homme est bon »

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