Étude approfondie du vezo de Madagascar

Vezo — grammaire et phonologie

Présentation modernisée, contenu conservé.

 

Le tableau suivant montre les possibilités d'apparition des triphtongues dans le mot ou seules :

Possibilités d’apparition des consonnes dans le mot  :

Si on traduit ce tableau par un graphe, on s’aperçoit sans surprise que les consonnes ont une position favorite d’ordre impair. Ce graphe vient en complément de celui des voyelles.

Les consonnes n'apparaissent pas seules ou en fin de mot (sauf suite à une élision). Toutes apparaissent en initiale ou en médiane sauf "mp, nts, nk" qui n'apparaissent pas en initiale. "ñ" apparaît toujours en médiane. En initiale, le cas est très rare.

Le vezo se caractérise également par la place de l'accent tonique qui a une fonction distinctive. En voici quelques exemples relevés dans les entrées : bande ~  bande, bole ~  bole, kapike ~  kapike. N'oublions pas également que sa fonction est très importante lors de la formation des impératifs ou des voix comme le passif, le circonstanciel : mametsake ~  mametsaha, mañandevo ~  añandevozo, heje ~  heje.

Tableau montrant la place des phonèmes par rapport à l’accent :

 

La position accentuelle ou non englobe la syllabe entière ce qui explique dans le tableau précédent qu’une consonne ou une voyelle peuvent se trouver en position accentuelle ou non. Les parties grisées montrent la préférence globale pour la lettre dans le mot par rapport à l’accent.

Enfin, si l’on remplace les consonnes par « C » et les voyelles par « U », on va pouvoir analyser en détail, dans le graphe qui suit, le système vocalique vezo. Les mots sont surtout formés de deux ou trois syllabes ouvertes.

4. Rudiments de grammaire vezo.

La grammaire vezo a été élaborée en s'inspirant de la théorie fonctionnaliste. La thèse de Monsieur Builles nous a été d'un grand secours. Nous avons également consulté la plupart des autres grammaires des différents dialectes (merina compris) de Madagascar, en particulier celle de Monsieur Rajaonarimanana à laquelle nous avons emprunté quelques termes comme « radical étendu, radical simple, dérivatif, flexif ».

Les contradictions constatées entre elles ne sont qu'apparentes. Elles dépendent des définitions initiales apportées par les auteurs. Si la plupart considère que 'avy, tonga, …" sont des verbes, c'est qu'ils se placent sur le plan sémantique. Si Monsieur Builles considère que "miteny" est un verbe et "tonga" un adjectif, c'est qu'il se place sur plan strictement morphologique.

En outre, la constitution des classes et de leur relations entre elles varient en fonction du volume des vocables étudiés. Chaque nouvel apport déstabilise la théorie construite qui doit alors être modifiée.

Longtemps, nous avions attesté que les affixes "-aha-" et "voa-" s'excluaient mutuellement sur l'axe syntagmatique jusqu'au jour où l'on a trouvé dans le corpus l'exemple " mahavoadofotse mahavoadofodofotse v.a.s. Capable d’avoir pu être doublé, heurté." L'équilibre était rompu, il fallait en construire un autre. Pour une grammaire idéale, il faudrait travailler sur une quantité d'exemples proche de l'infini.

C'est pourquoi la description grammaticale présente n'est que provisoire.

4.1. La formation des mots.

En vezo, on distingue deux catégories de mots : les radicaux et les affixes.

4.1.1. Les radicaux sont mono- ou polysyllabiques et en général susceptibles d'affixation. Les entrées du dictionnaires présentent des radicaux réels et des radicaux virtuels qui facilitent sa consultation. Il peut y avoir des radicaux simples et des radicaux étendus. On ne peut décomposer un radical simple alors qu'un radical étendu est obtenu par affixation, composition et réduplication. Les radicaux simples trisyllabiques et accentués sur la première syllabe se terminent nécessairement par ke ou tse. /k/ et /ts/ en syllabe finale peuvent s'opposer dans des paires minimales et donner deux mots de sens différents : anake ¹ anatse. Parfois, également, ils se neutralisent dans cette position finale. Dans ce cas, ce sont les jeunes qui prononcent "tse" et les anciens "ke" : lomoke = lomotse.

Exemples :

- Radicaux simples : kopake, vavake.

  • - Radicaux simples affixés : kadeboke, koropake.

- Radicaux étendus composés : barabadebake, bibilava, afak'omaly

  • - Radicaux étendus rédupliqués : tabataba, salasala, horohoro, dont des onomatopées : tatatata, babababa.

4.1.2. Les affixes.

Il existe quatre sortes d'affixes : les préfixes, les infixes, les suffixes et les circum­fixes. Ces affixes eux-mêmes se divisent en dérivatifs et en flexifs.

  • Les dérivatifs verbaux comme a-, m-, -a, -e, anka-, aña-, aha-, ampa-, ampi-, ian-, if-, ifampi-, -om-, voa-.
  • Les dérivatifs nominaux comme f-, p-, tous deux compatibles avec des dérivatifs verbaux, ha.
  • Les flexifs d'impératif comme -a pour la voix agento-stative et –o pour les autres verbes.
  • Les flexifs de temps comme h- (ho-), n- (ni).
  • Les flexifs d'aspect comme –iha-, aha-, -in-, voa-.

Nombre de ces affixes sont compatibles entre eux et d'autres s'excluent mutuellement. Notons le cas un peu étonnant de la voix agento-stative où, dans une conversation, on entend souvent par exemple "mihamiakatse, mihamiala, etc. Avons-nous là un cas d'hypercorrection ?

Voici un exemple de tableau montrant des affixes en rapport complémentaire (notation par des numéros dont on trouve des exemples plus bas) ou en rapport d'exclusion syntagmatique (notation par des blancs) ou paradigmatique  (notation par des X).

4.2. Les classes de mots.

Dans le dictionnaire, les classes de mots ont été notées en abrégé. Le tableau suivant permet de voir à quoi correspond ces abréviations.

4.2.1. Le groupe adjectivo-verbal.

4.2.1.1. La classe des voix.

4.2.1.1.1. Présentation.

La classe des voix est l'ensemble des formes que prend le verbe selon ses relations avec l'un des participants de la phrase. En vezo, il semble qu'il n'existe que quatre voix : la voix agento-stative (v.a.s.), la voix instrumentale (v.i.), la voix passive (v.p.) et la voix circonstancielle (v.c.). S'il existe une voix supplémentaire (voix applicative) comme dans d'autres dialectes, nous n'avons pu la discerner morphologiquement.

Le verbe se "conjugue" non pas suivant les pronoms personnels et le nombre, mais suivant les personnes, objets ou circonstances marqués ou sous-entendus et selon le mode impératif et le temps (passé ou futur), le présent n'ayant pas de marque morphologique. Dans la voix agento-stative, c'est l'agent lui-même qui fait l'action ou qui se trouve dans un état quelconque : Mandika tami^i nosy io zahay. Nous franchissons une partie de l’île. Niendake holin-kazo io. L'écorce s'est détachée. Dans la voix instrumentale, c'est sur l'instrument pris dans son sens le plus large (objet, être animé) que l'attention se porte : Aende fia avao ty asa^i solike toy. Cette huile est utilisée seulement pour frire des poissons. Dans la voix passive, c'est un objet ou une personne qui subit l'action, on les appelle aussi patients réceptifs : Endazo atoly reo. Faites frire les œufs. Enfin, dans la voix circonstancielle, ce sont les circonstances les plus diverses qui orientent le verbe : ce peut être le temps, le lieu, la cause, la partition, etc. : Ty hereloha^e ro añenga aze eo o. On le laisse ici à cause de son entêtement. Secondairement, d'autres acteurs peuvent intervenir. Un agent fait faire l'action à un autre agent : Aia ! Nampandima (Ø) ami^izao an’i sisa^e rety. Et alors ! On a fait écoper les autres. Deux agents agissent simultanément l'un sur l'autre : Mifandiñisa nareo. Attendez-vous l'un l'autre.

4.2.1.1.2. Verbe et adjectif. Selon Monsieur Builles, verbe et adjectif n'ont pas les mêmes significations qu'en français. En malgache, leur distinction se fait sur le plan morphologique. Un verbe est un monème ou un syntagme actualisé par l'une des quatre voix vues plus haut alors qu'un adjectif est un monème non orienté.

Exemple de verbe : Miroro an-tsaño ao ty aja. Les enfants dorment dans la maison. "Roro" est actualisé par le monème de la voix agento-stative "m".

Exemple d'adjectif : Avy ty piva laka io. Le façonneur de pirogue est arrivé. "Avy" est un adjectif car non actualisé par un monème de voix. Notons que pour Monsieur Rajaonarimanana, "avy" est un verbe radical. Dans ce débat qui nous dépasse, nous nous posons la question suivante : Un adjectif est-il un monème non orienté dans son emploi effectif et devient un verbe dès qu'on l'actualise avec un monème de voix ou qu'on le détermine par une modalité aspectuelle ? Mihaavy tsikelekele ty tsioke. Le vent souffle petit à petit.

4.2.1.1.3. Inventaire.

La classe des voix est fermée. Elle est constituée de quatre unités non déterminables qui s'excluent mutuellement. Elles ne déterminent que des unités dites verbales. Elles actualisent le verbe en l'orientant par rapport à l'un des quatre participants vus plus haut. Ces derniers deviendront alors sujets de ce verbe.

  • La voix agento-stative qui oriente le syntagme verbal par rapport à l'agent ou au siège du procès, exprimant ainsi un état ou une action. Etat : Mirare soa ty tali^e. Sa corde est bien tressée. Action : Zaho mitarike polisy reo añ'a Kotapike. Je conduis les policiers à Kotapike. "M" de "mirare" et de "mitarike" est le monème de la voix agento-stative.
  • La voix instrumentale qui oriente le syntagme verbal par rapport à l'instrument appelé encore "patient non-réceptif" : Aende fia avao ty asa^e solike toy. Cette huile est utilisée seulement pour frire les poissons. Le poisson est le patient réceptif et l'huile le patient non-réceptif ou l'instrument.
  • La voix passive qui oriente le syntagme verbal par rapport au "patient réceptif". Vakio kata eo. Fendez ce bois de chauffage. Le bois de chauffage est le patient réceptif.
  • La voix circonstancielle qui oriente le syntagme verbal par rapport aux circonstances les plus diverses. Hereloha^ao ro añanarako anao. C'est à cause de votre entêtement que je vous conseille (cause). Tsy misy toera ianjoa^ay ty eto. Il n'y a pas de place ici pour nous baigner (lieu).

4.2.1.1.4. Morphologie.

- Le signifiant de la voix agento-stative est "m" antéposé au syntagme verbal. Il n'y a pas déplacement de l'accent tonique du verbe. "M" est nécessairement accompagné des préfixes de dérivation "i" ou "a" qui s'excluent mutuellement ou, sinon, de "aha-" ou "-iha- ou "amp-" ou "if-" ou "anka" dont certains ne s'excluent pas nécessairement mutuellement. Tous sont post-posés et certains ont une valeur propre. Exemples : mihina, mametake, maloha, mahaantsa, mihadala, mihamiay, mampañafake, mifañaly, mifampialo.

Contrairement à ce que disent certaines grammaires, "m", comme l’a déjà montré Monsieur Builles pour le merina, n'est pas un monème dénotant le temps présent puisqu'il exclut la présence des autres voix. Le monème de temps présent n'a pas d'existence morphologique ainsi que le montrent nettement les autres voix. Voix agento-stative : Mila hasosora ie. Il cherche des ennuis. Voix instrumentive : (Æ) Araoke aze iaby sobike reto. On se sert de tous ces paniers pour les ramasser. Voix circonstancielle : Ty anto^e (Æ) añadora^e aze io soa handoa ie. C’est pour vomir qu’il enfonce sa main dans la bouche. Voix passive : (Æ) Karakarao soa ty benje retoa. Soignez bien ces orphelins. Il n'y a pas de signifiant de temps présent.

Il y a amalgame du monème de la voix agento-stative "m" avec les monèmes du temps futur "h, ho" et du temps passé "n, ni". Zaho mihina hena, je mange de la viande. Zaho hihina hena, je mangerai de la viande. Zaho nihina hena, j'ai mangé de la viande.

  • Le signifiant de la voix instrumentale est "a". Il est antéposé au syntagme verbal et il n'y a pas de déplacement de l'accent tonique du verbe. Ce signifiant ne peut être accompagné d'aucun préfixe de dérivation : arasa, afanjike, alenteke…
  • Le signifiant de la voix passive est "e" postposé au syntagme verbal. Il y a déplacement de l'accent tonique du verbe. Ce signifiant peut être accompagné du préfixe de dérivation "amp" à valeur causative : rehete, ampamorehe… Monsieur Rajaonarimanana, dans son dictionnaire malgache-français (dialecte tandroy), signale –in- comme affixe de verbe passif exprimant en plus l'aspect accompli. Ce dernier est très vivant en vezo et est même compatible avec le monème de temps passé (n, ni). Par exemple, on peut entendre : Nifinehi^i longo^i reo ie fa dehidehe. Ses parents l'ont attaché car il est fou. Pourtant, dans le dictionnaire, il a été placé dans la même sous-entrée signalée par voa-. Par exemple, nous avons : ¨   voalalake voalalalalake p. Elargi, mis à distance, rendu vaste -->  linalake linaladalake. C'est sur les conseils de plusieurs de mes informateurs vezo qui m'ont affirmé que les monèmes "voa-" et "-in" sont identiques sémantiquement. Est-ce pour cette raison que "-in-" a disparu en merina parce qu'il faisait double emploi ? "Voa-" et "-in-" avaient peut-être deux sens différents il y a longtemps, différences qui se sont estompées avec le temps. Comme dernier argument, on remarque qu'il y a également compatibilité entre le monème "voa-" et le monème du temps passé "n, ni". Exemple : Atahorako tsy ho velo lie aja nivoadodon-tomabily nanjoany zae. J'ai peur que l'enfant qui a eu un accident d'automobile aujourd'hui ne soit mort.
  • Le signifiant de la voix circonstancielle est "a" postposé au syntagme verbal. Il y a déplacement de l'accent tonique du verbe. Il est nécessairement accompagné d'un préfixe de dérivation "a" ou "i" et parfois de "aha-" ou "if-". Certaines grammaires disent que les signifiants de la voix circonstancielle sont les circumfixes "a…a" ou "i…a". Dans ce cas, il y association paradoxale de deux classes de préfixes totalement différentes sur le plan sémantique. C'est d'autant plus difficile à admettre que les préfixes de dérivation "a" et "i" peuvent se combiner avec le monème de la voix agento-stative "m". De nombreux accidents surviennent en frontière entre le syntagme verbal et le monème de la voix circonstancielle "a". En voici quelques exemples : ady -->  añadiña, akanjo -->  iakanjoØa, akatse -->  iakara, aloke -->  añalofa, ambe -->  iambena, ome -->  añomeza, anike -->  añaniha, anja -->  añanjama, antoke -->  iantofa, aretse -->  añareta, aro -->  iarova…

4.2.1.1.5. Les affixes de dérivation.

Ils ne font pas partie de la classe des voix mais les accompagnent nécessairement soit seuls soit à plusieurs en suivant des règles de compatibilité.

  • "a" ou "i" n'ont pas de valeur propre bien distincte l'un de l'autre. Ils peuvent indiquer aussi bien un siège du procès qu'un agent. C'est seulement le sémantisme de chaque verbe qui provoque la présence de l'un ou de l'autre. Ils sont compatibles avec les voix agento-stative et circonstancielle : misasa, maniva, mafana, mangetaheta, añalofa, iarova… Eux aussi peuvent provoquer de nombreux accidents formels en frontière avec le syntagme verbal : aro -->  mañaro, azo -->  mahazo, bay -->  mamay, be -->  mañabe, doa -->  mandoa, faoke -->  manjoake…
  • "Amp-" a une valeur causative. Un agent agit sur un autre agent. Cet affixe est compatible avec les voix agento-stative et passive : fente -->  ampamente, finty -->  mampifinty…
  • "If-" a une valeur réciproque. Il est compatible avec les voix agento-stative et circonstancielle. Deux agents agissent simultanément l'un sur l'autre et sont tour à tour actifs et passifs : ilo -->  mifañilo, ifañilova.
  • "Aha-" a une valeur potentielle. Il est compatible avec les voix agento-stative et circonstancielle. L'action est susceptible de se produire : leo -->  mahaleo, ahaleova.
  • "Añ" a une valeur locative. Il signifie "se rendre à". Il est uniquement attesté à la voix agento-stative. Mañ’a bazary lala toy. Ce chemin conduit au marché.

4.2.1.2. La classe des adjectifs.

4.2.1.2.1. Identification.

Les adjectifs constituent une classe ouverte. Ils présentent entre eux un ensemble de traits communs. Les différences entre un adjectif et un verbe, en vezo, se situent sur le plan morphologique. Comme il a été dit plus haut, adjectif et verbe, en malgache, ne se conçoivent pas de la même manière qu'en français.

En vezo, les adjectifs ne sont pas actualisés par un monème de voix, mais certains peuvent le devenir. Le problème a déjà été abordé plus haut. Ils ne sont pas déterminables par une modalité aspectuelle comme "aha-", "-iha-" ou "f-" par exemple, ni par la modalité du nombre. Un article, une modalité du nom ne peuvent pas aussi les actualiser. Par contre, ils sont déterminables par les modalités du temps passé et du temps futur et même parfois des deux à la fois. Tsy nampoiziko ho niave tampoke iha. Je ne m'attendais pas à votre arrivée subite.

Ils peuvent assurer le rôle prédicatif : Adala ty tsioke. Le vent est fou. Ils peuvent aussi être complémentés par des nominaux : Manambale ampela soa fanahy. Il a épousé une jeune fille vertueuse. Ils ont la possibilité d'être mis au mode impératif et être complémentés par un pronom personnel en fonction conjointe : Avia iha ! Viens ! Anake efatse niazoko. J'ai eu quatre enfants.

Ils sont parfois compatibles avec certains adverbes : Fa antetse mare ie. Mais il est bien vieux.

Enfin, ils peuvent entretenir divers rapports avec la classe des locatifs, celles des temporels, interrogatifs, verbes et adjectifs.

4.2.1.2.2. Inventaire.

La classe des adjectifs est ouverte. Elle comprend des monèmes et des synthèmes. Certaines unités peuvent être complémentées par un nom en fonction conjointe. Bolebole^i ty nintsy ty tonjoko. Mes doigts sont engourdis par le froid.

Monèmes : "Avy, abo, azo, fote, meloke, rava, garay, maro, kele, soa, tampake, ela, faly, tsatse, tsereke…". Synthèmes : "Fahefatse, sere…".

Il peut y avoir transfert de certains adjectifs dans la classe des adverbes. Ty fomba soa, les bonnes manières (adj.). Ahajario soa jalatsika reo. Garde précieusement notre argent (adv.).

4.2.1.3. La classe de la modalité temporelle passé.

4.2.1.3.1. Identification.

En vezo, la classe de la modalité temporelle passé ne comporte qu'une unité : la modalité temporelle du passé. Elle détermine d'autres monèmes mais ne peut être elle-même déterminée. Voici les classes qu'elle détermine :

  • les adjectifs : Taloha^i ty fahavoaza iñe la nisoa fañahe mare ie. Avant son accident, il était très gentil.
  • les verbes : Malahelo iha fa tsy nitiry nalaky ty tsaka. Tu es déçu parce que les brèdes n’ont pas poussé rapidement.
  • les noms : Mbo tsy niolo reto tamy zao ie. Il n'était pas encore né à ce moment-là.
  • des pronoms personnels : Laha nizaho, nenke^areo va raha vinetsivetsiko ho natao o ? Si vous étiez à ma place, est-ce que vous accepteriez ce projet ?
  • des temporels : Fa nisy nivola tamiko nimaray. On me l'a dit ce matin.
  • des adverbes : Niela. Il y avait longtemps.
  • des prépositions : Nimbeo zahay. Nous avancions.
  • des locatifs : Tsy avy roe anjo ty nihinana^e tamiko tao. Il n'y a pas deux jours qu'il a dîné chez moi.
  • des interrogatifs : Dokany taia ty nikaloa^ao akanjo^ao toy ? Dans quelle boutique as-tu acheté ta robe ?

Le passé peut coexister avec :

  • des modalités aspectuelles : Nivoafofoke soa ie la nilatsake. Il a reçu un bon coup et il est tombé.
  • la modalité du futur : Zaho tsy nitama ho nahita anao anjoane. Je ne m’attendais pas à vous voir aujourd’hui.
  • une des quatre voix : Io sambo iñe fa nilitse (m). Voilà, le navire est entré.
  • avec l'infixe "-in-" : Ampahafiri^i ty tsako^e ty nikinalo^ao ? Quelle quantité de son maïs lui avez-vous achetée ?

4.2.1.3.2. Morphologie.

La modalité du passé présente des variantes de signifiants :

  • n- : Iaby nandeha soa. Tout s’est très bien passé.
  • ni- : Iha niafake ami^i ty fanadina ? As-tu été reçu à l’examen ?
  • no- : Toa taike ami^izao Boto la nolay. Saisi par la peur, Boto s’enfuit.
  • t- : taloha, tao.

4.2.1.3.3. Valeurs.

Le temps passé situe l'action ou l'état considérés dans une période de temps antérieure au moment où l'on parle. Il dénote l'accompli ou l'inaccompli. On peut le traduire en français par l'imparfait, le passé simple ou le passé composé. Il peut avoir une valeur durative, ponctuelle, d'accompli ou d'inaccompli. Si on l'associe à la modalité du temps futur, on obtient une valeur conditionnelle.

4.2.1.4. La classe de la modalité du temps futur.

4.2.1.4.1. Identification.

Elle ne comporte qu'une seule unité : la modalité du futur. Au moment où l'on parle, l'action ou l'état prévus n'ont pas encore eu lieu. La modalité du futur détermine plusieurs classes :

  • les verbes : Handeha a Morombe ty pamarotse fia bak’Anjamona. Les vendeurs de poissons d’Anjamona se rendront à Morombe.
  • les locatifs : Forose tsy hoeto aho anjoane. Je suis obligé d’être absent pour la journée.
  • les adjectifs : Mba hosoa roro. Bonne nuit.
  • les adjectifs numéraux : Mikomba ho raike añate nose ty Gasy. Tous les Malgaches sont rassemblés sur une île.
  • les pronoms personnels : Tsy arake toko^e hoie, anormal
  • l'interrogatif "aia" : Andevitse zao sabosabo^e hoaia tsika zao ? Andevitse est environ à quelle distance de nous ?
  • les prépositions : Vola raiky tavela le volañiko hoami^ao ty anako o. Il reste un mois et je ferai venir chez vous votre fils.
  • les noms : Ahiahi^i ty olo hopangalatse ie. On le soupçonne d’être voleur.
  • les pronoms démonstratifs : Ino ro injaza^ao amiñ’olo rate fañahe hozao o ? Pourquoi vas-tu ainsi avec de mauvais compagnons ?

La modalité du futur peut coexister avec les classes suivantes :

  • la modalité temporelle passé (vu précédemment).
  • les quatre voix : Tsika handeha hangalake tantele ami^i Tovo aty. Allons chercher du miel chez Tovo.
  • l'aspect : Ty sisi^iñe raha vaky, hovoalily iha. Le bord est cassé, tu vas te couper.

4.2.1.4.2. Morphologie.

Le signifiant de la modalité du futur présente deux variantes :

  • "ho" antéposée et accolée ou non à l'unité déterminée : Misaria adala soa ho lava velo. Fais semblant d’être fou afin de vivre longtemps. Menjeke anao ty hoderae. Vous méritez qu'on vous loue.
  • "h-" antéposée et accolée à l'unité déterminée. /h/ est, contrairement au merina, très vivant en vezo : Hanahira iñe laha ampiadañi^ao. Elle deviendra insupportable si vous la gâtez.

4.2.1.4.3. Valeur.

La modalité du futur projette la valeur de l'unité déterminée dans le futur ou dans un passé qui aurait pu exister. Dans ce cas, elle coexiste avec la modalité du temps passé.

4.2.1.5. La classe de la modalité du mode.

4.2.1.5.1. Identification.

Cette classe ne comporte qu'une seule unité : la modalité "impératif" qui n'est pas déterminable. Elle détermine de très nombreux verbes et quelques adjectifs : Miala iha ! Va-t'en ! Soava manje. Bonne nuit, dormez bien. L'impératif peut coexister avec certains affixes de dérivation et avec l'une ou l'autre des quatre voix. Il ne coexiste pas avec la classe des aspects. Il peut coexister avec les pronoms personnels "iha" et "nareo" : Matokisaiha fa tsy hivalike ami^ao aho. Aie confiance en moi car je ne te trahirai pas. Engaonareo avao toy, zaho hipetsak'eto. Partez, moi, je reste ici. Il peut également coexister avec les verbes causatifs et réciproques.

4.2.1.5.2. Morphologie.

Il existe deux variantes de signifiant pour la classe du mode impératif : "-a" pour la voix agento-stative et les adjectifs et "-o" pour les voix intrumentale, passive et circonstancielle. "Ka" et "mba" ne sont pas considérées comme des variantes de signifiant du monème impératif, mais comme des unités rentrant dans la classe des adverbes. Les variantes de signifiant en frontière avec la racine du mot sont nombreuses. Exemples : aloke -->  aalofo mialofa, masake -->  mañamasaha masaho, mokotse -->  mamokora amokoro, ombotse -->  mañombota omboto, ranto -->  ampanjantovo manjantova, rohy -->  arohizo mirohiza. Dans tous les cas, il y a déplacement de l'accent tonique vers la droite.

4.2.1.5.3. Valeur.

L'impératif exprime un fait qui n'est pas encore actualisé, soumis à un ordre, une invitation ou un souhait

4.2.1.6. La classe des modalités aspectuelles.

Identification.

Là aussi, nous n'avons pu clairement les déterminer car, selon les auteurs, les avis divergent. Monsieur Builles nous fait seulement distinguer deux unités car le parfait inopiné "tafa-" n'existe pas en vezo. Ce sont "voa-" qui exprime le parfait et "f-", l'habituel. S'il n'inclut comme Monsieur Rajaonarimanana "aha-", "-iha-, etc., c'est que ces derniers sont compatibles avec elles : mahavoadofotse = capable de pouvoir être heurté, fihafotia = blanchissement. "Voa-" et "f-" ne peuvent déterminer que des verbes. L'habituel coexiste avec l'une ou l'autre des quatre voix. La classe des aspects peut coexister avec la classe du temps passé et celle du temps futur. Voafita^i ty nama^e soa mare ie. Il s’est fait avoir par son meilleur ami (aspect "voa-" plus passif). Nivoafofoke soa ie la nilatsake. Il a reçu un bon coup et il est tombé. Mijosia lavitse ahe nareo tsy ho voambango. Eloignez-vous de moi, sinon je vous frappe. Le parfait dénote un état exprimant le résultat d'un procès. En général, il y a intervention d'un agent extérieur agissant en fonction conjointe. L'habituel marque un procès habituel effectué par un participant qui peut être un agent ou le siège du procès. L'aspect habituel ne peut coexister ni avec le temps ni avec le mode. Le signifiant de l'habituel peut être amalgamé aux signifiants de voix : manao -->  fanaova.

4.2.2. Le groupe des nominaux.

4.2.2.1. La classe des noms.

4.2.2.1.1. Identification.

La classe des noms est une classse ouverte. A chaque instant, de nouveaux noms se créent et d'autres deviennent obsolètes. Pour les mots grammaticaux, l'évolution est infiniment plus lente. La classe des noms entretient divers rapports avec :

  • les actualisateurs du nom : Mipoake ty varatse. Le tonnerre gronde. Nivorovoroa^i aja reo ie. Tous les enfants se groupent autour de lui.
  • la modalité du nombre : Fa misy telo tao zay ty nianara^e. Il a étudié pendant trois ans.
  • la modalité distributive : Mifandimbilimbe ty tsioke sambe karaza^e arakarake ty fotoa, añati^i ty tao raike. Au cours de l'année, différents vents se succèdent.
  • la modalité du futur : Ho namako ie. Il sera mon ami.
  • Les verbes : Mivio lala ty laka reo. Les pirogues dévient de leur chemin.
  • Les noms : aj'ampela.
  • les pronoms démonstratifs : Ingo ty ana^i iano. Voici le fils d’un tel.
  • les locatifs : Ao ty tsaño fanaova labiera. Voilà la brasserie.
  • les temporels : Ty rahaanjoany. Les choses d'aujourd'hui.

4.2.2.1.2. Rôle et fonctions.

Les noms peuvent jouer le rôle prédicatif : Laka io. C'est une pirogue.

Ils peuvent complémenter des verbes, des adjectifs, d'autres noms, des noms propres, des locatifs et des interrogatifs. Exemples : soa fanahy, firy akoho, tsañom-boro, etc.

4.2.2.2. La classe des pronoms personnels.

4.2.2.1.1. Identification ;

La classe des pronoms personnels appartient à un ensemble fermé. Ils constituent ce qu'on appelle chez les fonctionnalistes des morphèmes (monèmes grammaticaux).

Le terme "personnel" désigne un être humain, animé ou inanimé ou une situation. Il peut être concret ou abstrait.

Comme les noms, ils entretiennent divers rapport avec :

  • la classe des verbes : Fa nitere aombe va iha ? As-tu trait les vaches ?
  • La classe des locatifs : Añeroze. Ils sont là-bas.
  • La classe des interrrogatifs : Firynareo ? Combien êtes-vous ?
  • La classe des prépositons : Atoero ambani^e ao vata io. Mettez cette caisse en bas d'elle.

4.2.2.1.2. Inventaire.

La classe des pronoms personnels comprend des unités disjointes en fonction sujet pouvant se placer après le prédicat ou avant si on désire une mise en valeur. Une autre série comprend des unités disjointes en fonction complément objet et une série conjointe en fonction complément d'agent. Lorsqu'une unité est liée à un nom, elle se traduit alors par l'adjectif possessif français.

Le "nous" inclusif" inclut l'interlocuteur et le "nous" exclusif l'exclut.

Les pronoms possessifs sont des pronoms personnels disjoints compléments d'objets auxquels est antéposé l'actualisateur "ty" :

4.2.2.1.3. Morphologie.

Les pronoms personnels connaissent parfois des variantes de signifiant en fonction conjointe ou suivant le contexte. Si la racine du mot ne se termine pas par "-ke" ou "-tse", il n'y a pas de changement. Si elle se termine par "-ke" ou "-tse", il a parfois suppression de ces terminaisons : Hevitse -->  ty heviko, satsoke -->  ty satso^ao.

4.2.2.1.4. Rôle prédicatif et relations avec les autres classes.

Les pronoms personnels peuvent jouer le rôle prédicatif. Anjoze io. c'est à eux ;

En fonction conjointe, quand le pronom personnel commence par une voyelle et que la racine se termine par une voyelle, il se crée une frontière glottalisée qui n'est pas un phonème comme nous l'avons déjà vu auparavant : ty satso^ao.

La fonction conjointe complémente des syntagmes verbaux actualisés par les voix instrumentale, passive et circonstancielle. Hodinihiko zao. J’examinerai cela. On l'observe également dans ces exemples attestés : Aha ! La matiko ry anjoane. Ah ! Je les tuerai aujourd’hui. Marariko eo any iha. Je vais vous le faire payer, assurément.

En vezo, les pronoms personnels sujet et les pronoms possessifs sont souvent mis en valeur ou en thème. Les particules "ro" et "la" disparaissent parfois et sont remplacés par une pause ou un autre mot qui souvent interpelle. Zaho, lehe, tsy afake. Vraiment, mon ami, je ne peux pas. Iha (pause) tsy te-hambole vare ? Tu ne veux pas cultiver du riz ? "Zaho" peut se placer en début ou fin de phrase.

Les pronoms personnels peuvent se comporter comme noyaux avec les classes suivantes :

  • la modalité globalisante : Naboake zahay iaby. On nous a tous licenciés.
  • les modalités démonstratives : Ino añambaka^ao azy io ? Pourquoi la trompes-tu ?
  • l'actualisateur du nom "ty" : Iantofako ty aze pifehe io. Je réponds de ce prisonnier.
  • les prépositions : Ao ami^ao va akanjo iñe ? Ce costume vous convient-il ?
  • les noms : Roze mirahavave, les deux sœurs.
  • les adjectifs numéraux : Tsy mifampitakosike sase roze roe. Eux deux ne se fréquentent plus.
  • les locatifs : Akore, manao akore nareo ao ? Bonjour, comment allez-vous ?
  • quelques adverbes : tsy zaho ro mavande fa ty olobe taloha. Ce n’est pas moi qui mens, mais ceux qui m’ont précédé.

Comme satellites avec les classes suivantes :

  • les verbes : Mañambara anareo zaho fa handeha hamaray. Je vous fais savoir que je partirai demain.
  • le pronom indéfini "sambe" : Sambe mahay an’i zay iabe tsika. Nous savons tous cela.
  • les interrogatifs : Akore nareo ? Comment allez-vous ?
  • les noms : Ino ty mampiada ty safa^ao o lafa iha ro mivola ? Pourquoi vas-tu lentement quand tu parles ?
  • les locatifs : Tsy tao roze. Ils ne sont plus là.
  • les adjectifs : Tongan-joze iaby ty enta^ay teo. Ils ont emporté toutes nos affaires.
  • l'impératif : Mandehana nareo. Allez, partez.

4.2.2.3. La classe des pronoms démonstratifs.

Elle constitue une classe fermée dont voici la liste  : iñe, io, irao, njetike, njetoa, ntia, ntoy, rao, reñe, reroa, reroy, reto, tia, tike, toy, zay, zany, zao. ils sont compatibles avec la classe des prépositions, celle des verbes et celle des noms. Ils peuvent occuper les fonctions sujet, complément ou assurer le rôle prédicatif. Ils peuvent être soit antéposés, soit postposés aux classes avec lesquelles ils entretiennent des relations. Comme les démonstratifs ou les modalités démonstratives, ils indiquent des éléments visibles ou invisibles, présents ou non, extensifs ou ponctuels.

En voici quelques-uns :

  • iñe : Boto iñe. C’est Boto.
  • io : Tantele io. C'est du miel.
  • ntia : Ntia ty pamarotse siky. Voici le marchand d'étoffes.
  • rao : Rao le hadala ! Quelle folie !
  • ntoy : Ntoy ty jala^ao. Voici votre argent.
  • reñy : Ia reñy ? Qui sont-ils ?
  • reroa : Reroa ty seze mebilako. Voici mon salon.
  • njetike : A ! Njetike fa ave roze roe. Ah ! Les voici arrivés.
  • njetoa : Njetoa misy jala hatakalo. Voici de l’argent à échanger.
  • tia : Tia ty anako voho tia ty valiko. Voici mon enfant et voilà ma femme.
  • tike : Tike olo ho kapohe zao, taibe iñe. Voilà l’homme à abattre, il est très dangereux.
  • toy : Toy ty anjara^ao. Voici ta part.

4.2.3. Le groupe des articles et des modalités nominales.

4.2.3.1. La classe des articles.

Elle comporte des unités non déterminables par d'autres unités s'excluant mutuellement. Ces unités déterminent des noms auxquels elles sont antéposées (l'article défini) ou, beaucoup plus rarement, qu'elles encadrent (les démonstratifs).

4.2.3.1.1. L'article défini "ty".

4.2.3.1.1.1. Identification.

L'article défini "ty" est antéposé aux classes transférées ou non et se comporte uniquement comme satellite. Il est compatible avec :

  • la classe des verbes, la classe des voix, le groupe des temps, l'aspect habituel et certains préfixes de dérivation : Voho henane zao ty ahitako fiadaña zao. C’est maintenant que je trouve la prospérité. Adidi^ao ty manao ze hiavia^i piasa reo. Vous êtes responsable de l’arrivée de ces ouvriers. Iha niafake ami^i ty fanadina ? As-tu été reçu à l’examen ? Ami^i ty ho avy, à l'avenir. Azo atao va ty ahasoava^i vokatse ty tane ty ? Peut-on améliorer le rendement de cette terre ?
  • la classe des noms, des noms propres et des pronoms personnels : Añadina^i zandaro olo ty an-tsañoko ao. Le gendarme interroge quelqu’un dans ma maison : Raty fandeha ty afera. Les affaires marchent mal. Ampiaiño ty aze marary io. Faites respirer celui qui est malade. Fihani^i ty Gasy ty valala. Les Malgaches mangent les sauterelles.
  • la classe des prépositions : Afake ty amiko. Je suis libre.
  • la classe des interrogatifs : Nja ohatse ty aia ty halavira^e bak’eto ? A quelle distance est-il, d’ici par exemple ? Amy ty ino ty raha tsy ifañaraha^areo ? En quoi ne vous accordez-vous pas ?
  • la classe des locatifs : Tsy misy toera ianjoa^ay ty eto. Il n'y a pas de place ici pour nous baigner.
  • la classe des adjectifs : Azo ampihare ami^e ty maro ty lalaña. La loi est applicable à tous.
  • Il peut introduire des propositions relatives : Toko^e hifampahare ty ze raha bevata nareo. Il faut vous communiquer l’un l’autre les grandes nouvelles.

4.2.3.1.1.2. Morphologie.

Le défini présente trois variantes de signifiants :

  • la plus commune est "ty".
  • les plus rares et qui semblent être des apports étrangers : "ñy" et ñ'". Avy ñy fotoa soa. Le bon moment est arrivé. Sabo^e ho ñ’aze zay. C’est ce qu’il lui faut, cela lui va bien.

4.2.3.1.1.3. L'article a surtout une valeur généralisante. Il définit une catégorie ou un ensemble. Il peut coexister avec une modalité démonstrative, un locatif, un pronom personnel en fonction conjointe ou non, ou la modalité globalisante "iaby": Ampiaiño tyaze marary io. Faites respirer celui qui est malade. Tsy nahafake ty varavara ty malaso reñe. Les voleurs n’ont pu forcer la porte. Mañafake ty hasosora^ay ty fiavia^ao. Ton arrivée soulève notre colère. Ty ami^ayañe aloha, soa ty anjo. D’abord, chez nous, il fait beau.

4.2.3.1.2. Le surdéfini.

Son emploi est rare. Le Vezo préfère utiliser les démonstratifs. Il est antéposé au nom qu'il actualise et présente deux variantes de signifiant "lay" et "le" : Zao takiako any jala tami^i le velilahiko ity zay. Alors, j'exige mon argent que j'ai confié à mon beau-frère. Il signale que l'élément actualisé est parfaitement identifié.

4.2.3.2. La classe des modalités démonstratives.

Sémantiquement, elles ressemblent beaucoup aux actualisateurs du nom. Pourtant, on n'a pu les ranger avec eux car elles coexistent avec l'article défini "ty" antéposé au nom. Des modalités démonstratives peuvent être postposées à certains pronoms personnels : Satsia i nanao soa aze ka zay ro añafaha^e aze io. C'est parce qu'il lui a fait du bien qu'il l'a libéré.

La classe des modalités démonstratives comporte des unités non déterminables et est constitué d'un ensemble très riche, d'emploi fréquent et qui obéit à des règles syntaxiquement complexes.

Elles sont postposées au nom et accompagnent souvent l'article défini "ty" qui lui est antéposé au nom. Elles sont toujours postposées aux pronoms personnels dont elles sont le satellite. Elles peuvent coexister avec la modalité du nombre "r".

Voici un inventaire attesté (avec variantes de signifiants et pluriels) dans le corpus recueilli et qui a servi à l'élaboration du dictionnaire : eñe iñe oñe reñe njeñe, io njeo reo, roa njoa njeroa reroa, ite ity itiite itiity rety, tia ntia intia retia, reto njeto retoa njetoa, roy njoy reroy njeroy, rao irao, zao rezao, tike retike njetike, rey, toy.

Syntaxiquement, les modalités démonstratives, avec l'aide de l'article défini "ty", peuvent être à l'origine d'enchassements d'expressions plus ou moins longues : Ty fahita raho añ'abo eñe reñe ro amantara ty tsioke. On peut connaître le nom des vents en regardant les nuages là-haut ("reñe se rapporte à "raho"). Volaño Lita hañakatse ty boky latsake io. Dites à Lita de ramasser ce livre tombé à terre ("io" se rapporte à boky).

4.2.3.3. La classe de la modalité globalisante.

Cette classe ne comporte qu'une unité non déterminable "iabe". Elle a une valeur globalisante et se traduit à peu près en français par "tout, tous". Elle peut être antéposée ou postposée au noyau déterminé. Ce peut être :

  • un nom. Lafa hale, mirinjy iabe ty dokane (antéposé). Le soir, tous les commerçants ferment. Misy fara^e ty rahaiabe (postposé).
  • un pronom personnel. Rozeiaby, eux ensemble (antéposé).. Niongake iabe roze. Ils se sont tous retirés (postposé).
  • un groupe relatif. Misy iaby ze raha tea^ao ho kaloe. Vous y trouverez toutes choses que vous aimeriez acheter.
  • un élément sous-entendu. Ao iaby, au grand complet.

Il peut coexister avec :

  • l'actualisateur du nom "ty". Tantele afa-dimboke ka ilira^i ty adala iaby. Une fois le pot de miel ouvert, tous les fous s’y précipitent.
  • la modalité distributive "kila". Kila raha iaby io, tout ce qui existe.

Il peut se présenter sous la forme d'un signifiant discontinu. Iaby ty olo iaby, le peuple. Et syntaxiquement, il peut jouer la fonction sujet. Lo raike, lo iaby. Un pourri, tous pourris.

4.2.3.4. La classe de la modalité du nombre.

Cette classe ne comporte qu'une unité non déterminable, la modalité du nombre "r". Cette unité peut déterminer des noms, des noms propres, des modalités démonstratives et des pronoms démonstratifs. Tsy nahafake ty varavara ty malasoreñe. Les voleurs n’ont pu forcer la porte. Hareo reñe fa ka vonoe. Elevez-les, mais ne les tuez pas. Ampanompoe^e anay ty raha heje^ay reo. Il nous fait servir les choses que nous détestons. Avia, ryaka. Venez, les enfants.

4.2.3.5. La classe des locatifs.

4.2.3.5.1. Identification.

La classe des locatifs est fermée. Ils situent dans l'espace (seuls ou avec la préposition "mb") et le temps (avec la modalité temporelle passé) les objets en question. Ils ne sont pas actualisables par une voix ni déterminables par une modalité aspectuelle, mais sont déterminables par la modalité temporelle passé "t" que certains auteurs appellent aussi "ablatif". Ils peuvent assumer le rôle prédicatif et donc être complémentables par des nominaux. Ils peuvent aussi jouer le rôle de sujet et de complément.

Ils peuvent entretenir plusieurs rapports avec d'autres classes en tant que noyau ou satellite.

Voici quelques-unes de ces classes :

  • avec l'article défini "ty". Ka nao ! Ino ty ao ho jaboe hariva ? Alors ! Qu’est-ce qu’il y a à manger ce soir ?
  • avec les interrogatifs. Ahoa^ao ino añe reñe ? Pourquoi te casses-tu la tête pour eux ?
  • avec les noms. Am-pianara añe, en classe.
  • avec les noms propres. A Morombe ao, ty riake ro malangy mare. A Morombe, c’est la mer qui est le plus remarquable.
  • avec les prépositions et les locutions prépositives. Ameo bak’ao ty finga^areo. Donnez vos assiettes.
  • avec les pronoms personnels. Eo nareo, au revoir.
  • avec les pronoms relatifs. Liñisako eto ze hiboaha^ao eo. J'attends le moment où tu sortiras d'ici.
  • avec les verbes. Tsy afake mihetsekeetoa zaho. Je ne puis quitter ce lieu.

4.2.3.5.2. Rôles et fonctions.

Les locatifs peuvent jouer le rôle prédicatif ou le rôle sujet avec d'autres classes. Eto ty hilahara^areo. C’est ici que vous vous mettez en ordre (rôle prédicatif). Tsy azo ivarota ty eto. Défense de vendre ici (rôle sujet).

Ils peuvent complémenter des noms, des verbes. Lafa bake nanjaoke ie, nimpoly tse nañatitse an-tsañoañe. A chaque fois qu'elle le ramassait, elle le ramenait donc à la maison. Alaoañe ty fati^e. Va chercher son cadavre.

4.2.3.5.3. Inventaire.

Les unités dont le signifiant commence par "e" désignent des lieux visibles et celles dont le signifiant commence par "a" désignent des lieux invisibles souvent délimités de façon vague. Certaines unités incluent ou non le locuteur, le lieu étant étendu (extensif) ou circonscrit (ponctuel). Elles précisent aussi les distances par rapport au locuteur (distance minimale, moyenne ou maximale). L'espace considéré est toujours relatif. Il peut être la terre entière ou un endroit restreint comme dans la maison. On peut dire : An-dafe añe, à l'extérieur du pays ou dire "añ'efitsaño añe", dans la pièce la plus éloignée de la maison. La langue vezo utilise beaucoup les locatifs. C'est normal, car le pays et la mer sont des étendues le plus souvent sans point de repère concret. L'utilisation fréquente de locatifs variés permet une appréciation assez correcte des distances visibles ou invisibles. Le tableau ci-dessous donne une idée du nombre possible de locatifs employés.

Le locatif se place après le mot qu'il détermine. Nandositse ty azy tan-gaja ao oñe. Celui qui était en prison s’est évadé.

Si la modalité temporelle passé "t" leur est antéposée, elle indique quelque chose qui n'est plus là au moment où l'on parle.

Les locatifs sont susceptibles d'être rédupliqués de deux manières : soit simplement (eoeo, eroiroy…) rendant le lieu encore plus vague, soit en incluant la modalité du futur "ho" ajoutant alors une valeur temporelle. Eo ho eo, aussitôt. Ato ho ato, bienheureux.

4.2.3.6. La classe des temporels.

4.2.3.6.1. Définition.

La classe des temporels contient un nombre limité d'unités. Leur fonction est de situer un événement par rapport au moment où l'on parle. Il est difficile de préciser cette classe car certains de ses éléments se rapprochent aussi bien des nominaux que des adverbes.

4.2.3.6.2. Rapports avec les autres classes.

Les temporels peuvent complémenter ou être complémentés par d'autres classes. Voici les classes avec lesquelles ils entretiennent des rapports :

  • l'article défini. Ami^i ty tinaine mañarake io, le lundi d'après.
  • un autre temporel. Tinaine ty anjoany.
  • les modalités démonstratives. Hamarayiñe ty niavia^e. Son arrivée eut lieu le lendemain.
  • la modalité distributive. Mañofa balahazo sakemaray roze. Ils épluchent le manioc chaque matin.
  • la modalité temporelle passé. Halava^i ty nimaray, depuis ce matin.
  • les prépositions. Zaho la mbo tsy nisy raha nakapako lia^i nomale. Je n’ai rien avaler depuis hier.
  • les pronoms personnels. Zahotaloha tsy raha niafake aly fombo. Autrefois, je ne pouvais m'empêcher de me quereller.
  • les verbes. Himpoly, hoy ie, hamaray. Il a dit qu’il reviendra demain.
  • les noms. Hifanafiha^ay ty anjohamaray io. Nous nous affronterons demain.
  • les adjectifs. Lafa dikatse ty anjoany, tsy avy koa roze. Passé aujourd'hui, ils ne viendront plus.
  • les adjectifs numéraux. Tami^i limemarainjay ro naharezako akoho mañeno. J’ai entendu un coq chanter à cinq heures du matin.

4.2.3.6.3. Rôle prédicatif et fonctions.

Les temporels peuvent jouer le rôle prédicatif, assumer la fonction sujet ou la fonction circonstancielle.

  • Rôle prédicatif : Hariva ty anjo. C'est le soir.
  • Fonction sujet : Hifanasa siky roze hamaray. Demain, ils vont mettre en commun leur linge pour le laver.
  • Fonction complément. Ami^i ty anjoane va ami^i ty hamaray ? Alors ! C’est pour aujourd’hui ou pour demain ?

4.2.3.6.4. Inventaire.

  • Les périodes de temps antérieures au moment où l'on parle : omale (hier), afak'omale (avant-hier), taloha (autrefois), nank’ale (la nuit dernière), dikatse (passé), lehane (il y a quelques instants).
  • Le moment où l'on parle : henane zao, amy zay, zao, hananik'io, henane toy, hanane zay (maintenant, actuellement, à présent).
  • Les périodes de temps postérieures au moment où l'on parle : hamaray (demain), afak'amaray (après-demain), loak'anjo (lendemain), anito (aujourd'hui, partie du jour à venir)

Les divisions des périodes envisagées suivantes peuvent être transférées dans la classe des noms :

  • Divisions de la journée : mbo maray (de bon matin), vaky anjo (lever du jour, aube), mangoantiñana, mazava antiñana (aube, aurore, de bon matin), marainjay be (de grand matin), marainjay (matinée), sanjats’anjo (le matin de 8 heures à 10 heures), anjoane (aujourd’hui, partie non écoulée du jour présent), antoanjo mena (midi), antoanjo (du lever au coucher du soleil, au grand jour), mihila anjo (vers 14 heures), folak’anjo (après-midi, vers 16 heures), moroñ’anjo (vers 17 heures), tsofots’anjo (vers 18 heures), volianjo (fin du jour), tsirik’anjo, hariva (soir), takariba (le soir avant et après le coucher du soleil), hale (nuit), matoñale (nuit).
  • Divisions de la semaine : lahade (dimanche), tinaine (lundi), talata (mardi), larobia (mercredi), kamisy (jeudi), zoma (vendredi), sabotsy (samedi).
  • Divisions de l'année : faosa (octobre à décembre), lohatao (printemps), asara ou litsake (novembre à mars), fararano (automne = avril), asotsy (mai à septembre).

4.2.3.7. La classe des adverbes.

Cette classe est ouverte. En général, ils sont tous susceptibles de porter sur un verbe et peuvent lui être antéposés ou postposés selon Monsieur Builles qui n'hésite pas à désigner cette classe comme une nébuleuse. Quant à Monsieur Rajaonarimanana, il convient d'appeler auxiliaires les modalisateurs antéposés et adverbes ceux qui sont postposés. Nous restons sur l'expectative. Les adverbes (ou auxilaires) ont surtout une fonction sémantique et sont de ce fait difficiles à classer. Les adverbes entretiennent des rapports avec les classes suivantes:

  • les verbes. Mivolambola fahatane, dire des âneries, des balivernes.
  • les adjectifs. Ka sahira iha. Ne te fais pas de souci.
  • des temporels. Mbo maray. De bon matin.
  • des noms. Olo kombo koa va ro kizahe? Se moque-t-on d'un handicapé?
  • des pronoms personnels. Tsy anareo raha toy. Cette chose n'est pas à vous.

Une cinquantaine d'adverbes ont été relevés dans le dictionnaire. Notons que des adjectifs peuvent être transférés dans la classe des adverbes. Iaby nandeha soa. Tout s’est très bien passé. Enfin, un adverbe ne peut jouer le rôle prédicatif.

4.2.3.8. La classe des interrogatifs.

La classe des interrogatifs est fermée. Ils peuvent jouer le rôle prédicatif, occuper la fonction sujet, une fonction objet, conjointe ou circonstancielle. Ils peuvent complémenter des noms, des adjectifs, des verbes.

Rôle prédicatif : Aia ty tsaño fiakanjoa ? Où est le cabinet de toilette ?

Complément d'un verbe. Handatsaha^ao ohatsino ty mete^i raha toy ? Quelle remise m’en ferez-vous par mètre ?

4.2.4. Le groupe des relationnels.

4.2.4.1. La classe des prépositions.

C'est une classe ouverte d'éléments qui indiquent la fonction de noms, de locatifs et d'interrogatifs. La préposition est antéposée au noyau dont elle indique la fonction. Certaines prépositions peuvent coexister avec la modalité temporelle passé. On appelle aussi les relationnels des fonctionnels.

Inventaire :

  • amy. Mihadala ami^i ty asa, s’abrutir au travail.
  • a, añ'. Handeha a Morombe ty pamarotse fia bak’Anjamona. Les vendeurs de poissons d’Anjamona se rendront à Morombe.
  • aloha. Aloha^i ty fara^e, avant-dernier.
  • ama. Ami^i ty rae aman-jene^i ampela eñe ro anova ty fangataha. Pour la demande en mariage, on s'adresse aux parents de la jeune fille.
  • ambany. Am­bani^i hazo, au pied de l'arbre.
  • ambony. Amboni^i ty tsaño o. En haut de cette maison.
  • añaty. Añate^i lera roe, dans deux heures.
  • añoloa. Añoloa^i panjaka eñe. Face au roi.
  • arake. Arake ty beko, conformément aux instructions.
  • añaty. Añati^i toy ato, ci-inclus.
  • añatseha. Ty jalahy njake ty somonjara añatseha^i ty fanambalia, les jeunes face au mariage.
  • baka. Bak'ambane mañ'añ'abo, de bas en haut.
  • elañela. Elanelañ’isake ami^i ty voaloha^e noho ty fara^e, écart de notes entre le premier et le dernier.
  • ampañivoa. Fa hita ampañivoa^i hazo roe reñe eo ty loha^e. On aperçoit son toit entre deux arbres.
  • mikasike. Fiofaña mikasike ty tinjoke an-jano, formation technique pour la pêche.
  • lavitse. Lavitse ty maso, lavitse ty fo. Loin des yeux, loin du cœur.
  • aloha. Taloha^i ty fahavoaza iñe la nisoa fañahe mare ie. Avant son accident, il était très gentil.
  • mañ'. Mañ’a bazary lala toy. Ce chemin conduit au marché.
  • mbaly. Holy aho mbaly fakamaray. Je rentrerai dans trois jours.
  • ñ'. Ñ’an'i Solo boky iñe. Ce livre appartient à Solo.
  • nainay. Nainay niavia^e, depuis son arrivée.
  • reketse. Niboake rekets’anake ie. Il est sorti avec ses enfants.
  • tanjife. Tanjife ty tsaño^ay ro misy aze. Ma maison est vis-à-vis de la sienne.
  • zisike. Zisike fisia^i ty fivolaña vao, jusqu'à nouvel avis.

4.2.4.2. La classe des subordonnants.

Les subordonnants sont des fonctionnels qui indiquent la fonction de verbes, adjectifs, noms, locatifs, temporels et interrogatifs. Ils se différencient des prépositions qui n'introduisent ni verbes, ni adjectifs, ni temporels. Certains transferts préposition-subordonnant peuvent avoir lieu.

Inventaire.

  • pinjako. Pinjako nahare safa zay ie la nihatake. Lorsqu’il a entendu ces paroles, il se retira.
  • lafa. Lafa niavy ty filaisanjoze, nañarake amy zao panafike bak'antiñana reto. Au moment de leur fuite, les ennemis venus de l'est les ont poursuivis.
  • nja. Andesentsika añe avao raha toy nja tsika mate. Nous allons quand même effectuer le transport de cette marchandise même si nous devons en mourir.
  • te^e. Tefeo vy io te^e ie mbo mafana io. Battez le fer tant qu’il est encore chaud.
  • tsono ho. Tsy maintsy saroña ty lavake tsono ho latsake ao ty aja. Les fosses doivent être recouvertes de peur que les enfants n'y tombent.
  • vao. Vita amy zao vaky tsaño ô zay vao mijano amy zao sofilen-jozy iñy. Une fois les maisons cassées, ils arrêtent leurs sifflets.

4.2.4.3. La classe des coordonnants.

Les coordonnants ne font pas partie des fonctionnels comme les prépositions et les subordonnants. Ils indiquent une relation d'identité entre deux unités, mots ou propositions par exemple.

Inventaire.

  • eñe. Eñe, i marainjay, ie avy eo. Ensuite, le matin, il arriva.
  • fa. Ka mandiñe aze fa tsy ho avy ie. Ne l’attends pas, car il ne viendra pas.
  • feka. Feka^e tsy mahazo misarake zisike mate. La raison, c'est qu'on ne peut se séparer qu'à la mort.
  • ka. Tsobo ie ka kinara. Il s’est perdu et on l’a cherché.
  • kolahe. Ake ! Aja soa kolahy reñe. Eh bien ! Ces enfants sont vraiment gentils.
  • la. Nañatitsy ty entako avao ie, la roso. Il a apporté mon paquet et il est parti.
  • laha. Laha mifoha iha, tsy maintsy mitsanga. Aussitôt réveillé, tu dois te lever.
  • na. Balahazo atao batabatanamiarake amy fia. On fait le batabata avec du manioc seul ou accompagné de poisson.
  • nefa. Nefa raha tsy to. Cependant, ce n’est pas vrai.
  • njeko. Njeko ie bevava. En plus, il est bavard.
  • no. Tsaraha misy kimañavily zao fa no zara avao. Il n'y a pas de vente mais on partage seulement.
  • noho. Noho iha siloke ro hiviliko ronono roe jojoabo. Comme tu es malade, j'achèterai deux litres de lait.
  • ro. Sady mahay ie ro mbo to koa. Non seulement, il est instruit, mais il est juste.
  • sady. Sady raty fomba ie. D’ailleurs, il a une mauvaise conduite.
  • safe. Safe tsy ho avy zao iha. Donc, tu ne viens pas.
  • satsia. Satsia i nanao soa aze ka zay ro añafaha^e aze io. C'est parce qu'il lui a fait du bien qu'il l'a libéré.

4.2.4.4. La classe des valorisants.

La classe des valorisants comprend deux unités qui s'excluent mutuellement : le monème de mise en valeur "ro" et le monème de mise en thème "la" qui possède des variantes de signifiants "le" et "pause". Ces unités sont postposées au participant mis en thème ou mis en valeur et qui se trouve en tête de phrase.

4.2.4.4.1. Le monème de mise en valeur concerne nombre de fonctions syntaxiques. Voici les classes qui occupent ces fonctions.

  • un verbe. Aaro ty vatako ro añandesako hazo be toy. C'est pour qu'on me protège que j'apporte ce grand bâton (fonction circonstancielle).
  • un démonstratif. Zay moa ro añara^i ty aze raike anak’amim-baly masay tike. C'est le nom de la jeune fille de la troisième femme (fonction sujet).
  • un interrogatif. Ino ro alimboke ty tamango^i ty panjaka voho ty longo^e ? Avec quoi couvre-t-on le cercueil du roi et de sa famille (fonction sujet) ?
  • un pronom personnel. Iha ro amantohako ty jalako. Je vous confie mon argent (fonction circonstancielle).
  • un temporel. Tami^i lime marainjay ro naharezako akoho mañeno. J’ai entendu un coq chanter à cinq heures du matin (fonction circonstancielle).
  • un nom. Amy ty mazava ro ahita aze soa. C'est en pleine lumière qu'on le voit bien (fonction circonstancielle).
  • une relative. Ze zatse avao ro ampititihe aponga. C’est seulement par les habitués qu’on fait jouer du tambour (fonction sujet).
  • un locatif. Atike ro lala. C'est ici qu'il y a un chemin (fonction sujet).

4.2.4.4.2. Le monème de mise en thème dont le signifiant est souvent vide et est remplacé par une pause plus ou moins longue, est ce dont on parle, supposé connu et qui invite simplement au commentaire.

Zaho (pause) manampake anjefa. Moi, je coupe à l’ouest. Zaho la mbo tsy nisy raha nakapako lia^i nomale. Je n’ai rien avaler depuis hier.

4.3. La phrase. Fonctions et rôles.

4.3.1. La construction des phrases.

Avant de définir quels sont les types de phrases en vezo, il est nécessaire de bien faire la différence entre classe, fonction et rôle. Les classes qui ont été étudiées précédemment, contiennent des éléments qui entrent en relation entre eux définissant ainsi certaines fonctions. Il peut aussi y avoir transfert d’un élément dans une autre classe ce qui permet à chaque élément de jouer un rôle selon la fonction qu’il assume dans la phrase. Ainsi un verbe, un locatif, une proposition peuvent jouer le rôle de sujet d’un prédicat qui est l’élément central de la phrase.

Précisons qu’une fonction est une relation entre deux unités.

En vezo, il existe deux sortes de phrases : les phrases verbales dont le prédicat est un verbe orienté selon un type de voix et les phrases non verbales qui sont rendues en français par les verbes « être » ou « avoir ».

Phrases verbales : Miakatse mare ty vilin-jaha hananek'io. Les choses coûtent très cher à l'heure actuelle.

Phrases non verbales : Zaho fa amoke ty tsaño kelekele toy. J'en ai assez de cet appartement trop petit. "Amoke" est un adjectif.

Ces types de phrases sont des phrases affirmatives. Elles peuvent devenir négatives par l’adjonction de l’auxiliaire « tsy » : Tsy misy toera malalake hiamparako eto. Il n'y a pas de vaste endroit pour me détendre ici.

4.3.2. Le prédicat. Le sujet.

Le prédicat est le centre de la phrase à partir duquel d’autres éléments sont reliés par différents liens fonctionnels. Le prédicat est indépendant, central (noyau), obligatoire et sa position est fixe. En vezo, la distinction ne se fait pas, comme en français, entre verbe et sujet mais entre prédicat et non-prédicat. Les autres éléments de la phrase, eux, jouent le rôle de compléments. Voici les unités pouvant assumer le rôle prédicatif :

  • un verbe. Mañanike ty efa-polo tao ie. Il va sur ses quarante ans.
  • un adjectif. Fa antetse mare ie. Il est bien vieux.
  • un nom. Fañamarinañ'asa taratasy io. Ce papier est une attestation d'emploi.
  • un nom propre. Tovo ty añara^e. Tovo est son nom.
  • un pronom personnel. Ñ’ahy raike zay. C’est à moi seul, c’est ma part.
  • un pronom démonstratif. Ingo ty ana^i iano. Voici le fils d’un tel.
  • un temporel. Anjo, lehe, matoñ’ale. Il fait nuit, mon ami.
  • un interrogatif. Ia ty fotora^i ty raha iaby zao ? Quelle la cause de l'univers ?

En général, le sujet se trouve en fin de phrase. Mais selon les intentions communicatives du locuteur, il peut y avoir mise en relief par « ro » ou mise en thème par « la » ou une pause. La fonction sujet peut être occupée par des unités appartenant aux classes les plus diverses :

  • Un nom. Mahagavo loko ty taniñ’anjoke. Le soleil ternit les couleurs.
  • un pronom démonstratif. Afotsiko aze toy. Je l’efface avec ça.
  • Un locatif. Asio sonia ty eto. Apposez ici votre signature.
  • Un temporel. Lafa dikatse ty anjoany, tsy avy koa roze. Passé aujourd'hui, ils ne viendront plus.
  • Un interrogatif. Ka ia ro nanjambe taratasy zay ? Qui a reçu cette lettre ?
  • Un verbe. Tsy mete laha handeha zaho. Ca ne convient pas si je pars.
  • Un adjectif. Raty laha rava tampoke ty fivoria. C’est mauvais si la réunion s’arrête brusquement.

Si le prédicat est un verbe, c’est le sujet, qui selon sa relation sémantique au procès, détermine sa forme. Le sujet peut être :

  • un agent ou un siège du procès. C’est l'élément responsable de l’action. Il détermine la voix agento-stative.
  • un objet. C’est l’élément sur lequel porte l’action Il détermine la voix passive.
  • un instrument. C’est l’élément à l’aide duquel l’action peut avoir lieu. Il détermine la voix instrumentale.
  • Une circonstance. C’est le cadre dans lequel se déroule l’action. Il détermine la voix circonstancielle.

Il est possible que d’autres relations existent en vezo. Le temps nous a manqué pour une étude approfondie.

4.3.3. La fonction complément.

Selon Monsieur Builles et les fonctionnalistes en général, il n’existe que trois relations possibles au sein de l’énoncé : la prédication, la détermination et ses cas particuliers, la subordination et la complémentation, la coordination ou la juxtaposition. Tous les autres éléments de la phrase qui ne sont ni prédicat, ni sujet, occupent la fonction complément. La présence du complément n’est pas obligatoire comme l’est celle du sujet.

Il existe deux sortes de compléments : les compléments qui se rapportent directement au prédicat et qui, par reversion syntaxique, peuvent devenir sujets et les compléments secondaires qui déterminent le prédicat ou les autres constituants de la phrase et qui ne pourront devenir pas sujets par reversion syntaxique.

4.3.3.1. Les compléments rattachés directement au prédicat.

Ils sont toujours placés après le prédicat verbal. Il peut y en avoir un ou deux. Quand il n’y en a qu’un, c’est un complément d’objet qui peut être défini ou non ou introduit par la préposition "an'". Iha mamarahe an’i vali^ao. Tu es jaloux de ta femme.

On peut avoir :

4.3.3.1.1. Un complément d’objet. Il suit immédiatement le prédicat verbal. Il peut être défini ou non. Les noms propres sont introduits par la préposition "an-" ou "an'". Nahita an’i Pôly nomaly iha ? Est-ce que tu as vu Paul hier ? Miantso an-Jañahare roze lafa hitoka. Ils appellent Dieu pour faire une offrande.

4.3.3.1.2. Un complément de destinataire ou bénéficiaire. Ce sera le deuxième complément d’un verbe à deux compléments. Il peut être introduit ou non par une préposition. Mañome heñatse ty vata^e ie. Il se déshonore. Iñe mañome lala ami^i ty fihena^i ty kalo^i ty polase. Elle donne droit à une réduction du prix de la place.

4.3.3.1.3. Un complément d’instrument. Quand il y a deux compléments, le premier a une valeur non applicative, instrumentale, et le second, une valeur applicative (destinataire). En général, l’ordre des compléments est pertinent sauf pour quelques verbes "ame" par exemple). Le premier complément n’est pas défini. Si on le met en valeur par la préposition « amin’ », sa position n’est plus pertinente et on obtient une forme circonstancielle par réversion syntaxique.

4.3.3.1.4. Un complément circonstanciel. Les compléments circonstanciels, qui n’ont pas de place fixe dans la phrase (certains peuvent se placer avant ou après le sujet), expriment des relations sémantiques indépendantes du sens apporté par le verbe. Souvent, la préposition qui peut les introduire apporte un complément de sens.

Voici les principales relations sémantiques exprimées :

  • le temps. Mitoño bilete zahay anjoany. Nous donnons le bulletin aujourd'hui.
  • le lieu. Tongava soa añe an-tana añe. Bienvenue au village.
  • le moyen. Ami^i ty taram-peo ao ro iaiñantsika. C’est par le larynx que nous respirons.
  • la cause. Ty hadala^areo avao ro iambaniako ami^i ty olo o. C’est à cause de votre bêtise que je m’humilie devant les gens.

4.3.3.1.5. Un complément d’agent. Il suit immédiatement le verbe à la voix passive ou circonstancielle ou, sinon, l’adjectif. Des accidents formels peuvent se produire entre lui et l’élément complémenté. Doiñeko iaby laka eo. J’ai frappé sur la pirogue. Ho antsa^i Vero ami^areo ty antsa masikoro. Vero va chanter les chansons masikoro pour vous.

        • Les compléments attachés aux autres participants de la classe.

Contrairement aux compléments du verbe, ils ne peuvent occuper la fonction sujet dans le cas d’un changement de voix.

4.3.3.2.1. Les compléments du nom. On a soit une détermination possessive soit une détermination épithétique soit une détermination appositive. Exemples :

  • Détermination possessive. Tañan-jalahe tsy ahaotse. On ne se sert pas de la main de son frère pour se gratter. Fampialofa olo ro asa^i ty labasy lafa misy havoria. La bâche sert d’abri lors d’une réunion.
  • Détermination épithétique. Mijokojoko mare nahoda antitse tike lafa mandeha. Ce vieillard marche très courbé. Ami^i ty anjo anjoany, toute la journée. Laka eto toy ro ionjona^ay. Nous embarquons dans cette pirogue. La notion d'adjectif a un sens plus large en vezo qu'en français, car des classes très différentes peuvent en jouer le rôle.
  • Détermination appositive. Olo rey pilongo roze ampirahalahy. Ces personnes de la famille sont frères.

4.3.3.2.2. Les compléments de l'adjectif.

Ils peuvent exprimer :

  • La manière. Vaky roe. Cassé en deux.
  • Le temps. Tsobo nomaly ie. Il était perdu hier.
  • Un destinataire. Faly ami^i ty ajako ty Ramose. Le maître est content de mon enfant.

Notons la construction particulière et fréquente qui fait converger le sens de l'adjectif sur un objet qu'on veut mettre en relief.

  • Soa fanahy. Bon quant au caractère (être gentil).
  • Rano kele soro. Eau petite quant au flot (commencement de la marée montante).
  • Lalalake lala tane io. Large quant aux routes ce pays (ce pays a des routes larges).
      • L'ordre des mots dans la phrase.
        • Lorsqu'il y a changement de voix.

Peuvent devenir tour à tour sujets : l'agent, l'instrument, le destinataire, la circonstance. Voici des exemples qui illustrent cette situation selon l'intention du locuteur à décrire la situation par rapport à :

  • l'agent. Il choisit la forme active. Ty aja mitifitse balavato ami^ity folesy ty voro. Le garçon lance des pierres avec son lance-pierres sur les oiseaux (le garçon).
  • l'instrument. Il choisit la forme instrumentale. Atifitsi^i ty aja voro ami^i ty folesy ty balavato (les pierres ).
  • L'objet sur quoi porte l'action. Il choisit alors la forme passive. Tifiri^i ty aja ami^i ty folesy balavato ty voro (les oiseaux).
  • La circonstance. Itifira^i ty aja voro balavato ami^i ty folesy lafa lahady ty anjo (le dimanche).
        • Lorsqu'il y a emphatisation, thématisation ou non.

En général, en vezo, la phrase commence par un prédicat suivi ou non des compléments les plus variés et se termine par un élément en fonction sujet. S'il y a un complément circonstanciel de temps, il vient ordinairement après le sujet.

La thématisation est très courante en vezo. Le plus souvent, il y a insertion d'une pause entre le sujet antéposé et le verbe. Zaho (pause) mieritseritse fa ho tampake ty hosy toy. J'ai l'impression que la ficelle va se casser.

Enfin l'emphatisation est nécessaire si on veut parler d'un élément à l'exclusion de tout autre.

Iha (sujet) ro (valorisant) amantohako (verbe) ty jalako (complément). C'est à vous seul et personne d'autre que je confie mon argent.